Des pipelines aux media fabrics :

Le passage au traitement défini par logiciel

Depuis des décennies, les workflows médias sont construits autour de pipelines.

Les signaux sont ingérés, traités puis diffusés via des chemins fixes, souvent dictés par des contraintes matérielles, des interfaces physiques et des formats spécifiques. Qu’ils soient basés sur le SDI ou l’IP, le principe reste le même : les médias circulent dans des chaînes prédéfinies, et chaque étape de transformation est étroitement liée à un équipement donné.

Cette approche a fait ses preuves et demeure essentielle dans de nombreux workflows de diffusion. Cependant, à mesure que les workflows gagnent en complexité fonctionnelle — couvrant la contribution, la production, le traitement et la distribution — le besoin de flexibilité au sein des environnements de traitement devient de plus en plus pressant. Réduire les transformations médias inutiles, améliorer l’efficacité des ressources et permettre des workflows plus dynamiques, basés sur le logiciel, constituent désormais des enjeux clés.

Un nouveau modèle est aujourd’hui en train d’émerger au cœur des plateformes de traitement.

Des pipelines aux media fabrics

From Pipelines to Media Fabrics

Le traitement n’est plus lié au matériel

La transition est déjà en cours.

Sur les plateformes modernes, les fonctions de traitement sont de plus en plus implémentées sous forme logicielle. L’encodage et le décodage ne sont plus dépendants d’équipements dédiés. Les traitements avancés — tels que la conversion HDR basée sur des LUT, la conversion de fréquence d’images ou la transformation progressif-vers-entrelacé — peuvent désormais être déployés dynamiquement, là où ils sont nécessaires.

Dans le même temps, les workflows gagnent en polyvalence. Une seule plateforme peut agir comme une passerelle universelle, assurant la jonction entre les domaines compressés et bande de base, s’interfaçant avec de multiples standards et s’adaptant à différents environnements.

Des technologies comme le JPEG‑XS renforcent encore cette évolution, en permettant un transport de haute qualité à faible latence et en prenant en charge des cas d’usage tels que la production à distance.

Le traitement n’est plus cloisonné dans des îlots matériels : il devient fluide, modulaire et défini par logiciel.


MXL et SDI : une analogie utile

Pendant des décennies, le SDI a constitué le socle des workflows médias professionnels.
Il offrait un moyen simple, fiable et déterministe de transporter de la vidéo non compressée entre des équipements.

À bien des égards, MXL joue un rôle similaire, mais dans un environnement fondamentalement différent.

Plutôt que de transporter des signaux via un câble, MXL permet de partager les médias directement en mémoire entre des fonctions de traitement logiciel. L’objectif est comparable : faible latence, comportement déterministe et simplicité de connexion.

Là où le SDI relie des équipements physiques, MXL connecte des composants logiciels.
Là où le SDI définit un signal, MXL permet l’accès au média en mémoire.
Le SDI transporte la vidéo entre des équipements. MXL transporte la vidéo entre des fonctions logicielles.


Au-delà des représentations basées sur le signal

Même avec la transition vers le logiciel, de nombreux workflows continuent de s’appuyer sur des représentations médias bien établies, dérivées des formats de signaux traditionnels.

Ces approches fournissent une base commune largement adoptée, garantissant la compatibilité entre un vaste éventail de systèmes et d’environnements.

Parallèlement, le traitement logiciel ouvre la voie à des modèles complémentaires, capables d’optimiser davantage l’accès aux médias et leur traitement au sein des workflows modernes.


Vers des modèles de traitement média plus flexibles

Une approche complémentaire émerge.

Plutôt que de structurer les workflows exclusivement autour de représentations de signaux, les médias peuvent également être traités comme des données partagées, accessibles par plusieurs fonctions de traitement de manière plus souple.

Cela conduit à un modèle de traitement plus planaire, dans lequel plusieurs fonctions peuvent opérer sur un même média sans imposer des transformations strictement linéaires.

De telles approches permettent d’améliorer l’efficacité, de réduire les transformations inutiles et de mieux s’aligner sur des architectures nativement logicielles.


Déjà une réalité : le traitement en mémoire dans la pratique

Cette évolution n’est pas totalement nouvelle.

Sur les plateformes logicielles modernes, les médias sont déjà échangés directement en mémoire entre les fonctions de traitement, évitant ainsi les coûts inutiles de sérialisation et de transport.

Au sein des architectures Ateme, cette approche est mise en œuvre via le TITAN Edge Bridge, où les fonctions de décodage, de traitement (LUT, conversion de fréquence d’images, P→I) et d’encodage échangent les médias en interne, directement en mémoire.

Cela permet un chaînage plus efficace des fonctions de traitement, réduit la latence et optimise l’utilisation des ressources de calcul.

L’échange média en mémoire n’est pas nouveau. Sa standardisation, oui.


De l’implémentation à la standardisation

C’est là qu’intervient la Media eXchange Layer (MXL).

MXL n’introduit pas un nouveau concept : il en standardise un existant.

En définissant un cadre commun pour l’échange de médias en mémoire, MXL permet l’interopérabilité entre composants logiciels et entre éditeurs.
Ce qui relevait auparavant d’une optimisation interne devient une capacité à l’échelle de l’industrie.

What was once an internal optimization becomes an industry capability.


Repenser le rôle du transport

Cette évolution complète les standards existants plutôt que de les remplacer.

La norme SMPTE ST 2110 reste essentielle pour connecter les équipements et prendre en charge les environnements de production.

MXL opère à un autre niveau.

Il introduit un plan de données au sein des nœuds de traitement logiciel, dans lequel les médias sont échangés en mémoire.

  • ST 2110 connecte les équipements
  • MXL connecte le traitement

Ensemble, ils forment une architecture cohérente couvrant à la fois l’infrastructure et les workflows définis par logiciel.


Ce que cela permet

Cette évolution se traduit par des bénéfices concrets dans les workflows réels.

Les chaînes de traitement peuvent être composées dynamiquement, permettant de combiner et d’adapter à la demande les fonctions de décodage, de transformation (LUT, conversion de fréquence d’images, P→I) et d’encodage.

Les workflows gagnent en flexibilité, prennent en charge le traitement distribué pour la production à distance et permettent la mise en place de passerelles logicielles entre environnements compressés et bande de base.

À mesure que l’interopérabilité progresse, les workflows logiciels multi‑éditeurs deviennent de plus en plus réalistes.


Conclusion

La publication du SDK MXL 1.0 constitue une étape majeure pour l’industrie. Elle établit une première base structurée pour l’échange de médias en mémoire et l’interopérabilité logicielle.

Elle fournit un socle robuste et pragmatique permettant des premiers déploiements et l’alignement de l’écosystème.

Alors que l’industrie poursuit son évolution, de nouvelles approches en matière de représentation et de traitement des médias viendront optimiser encore davantage les workflows définis par logiciel et ouvrir de nouveaux niveaux de flexibilité.

Ateme exploite déjà l’échange de médias en mémoire partagée au sein de son architecture logicielle de traitement, permettant des workflows médias efficaces et à faible latence. En tant que prochaine étape, Ateme travaille activement à l’alignement de ces capacités avec l’interopérabilité MXL.

Cette expérience concrète positionne Ateme comme un acteur clé de la prochaine génération de workflows médias nativement logiciels, contribuant à des environnements de traitement plus efficaces, plus flexibles et plus performants.

About the Author

Julien Mandel, Solution Marketing Senior Director, Ateme

Julien Mandel

Solution Marketing Senior Director at Ateme

Julien joined Ateme in 2001, starting in the Hardware Department before moving into Product Management, where he led the launch and evolution of the Kyrion product line.

In 2017, he co-founded the BISS-CA standard with the EBU, reshaping the secure distribution of international live events.

He is currently Solution Marketing Director for Contribution and Distribution, driving partner and customer engagement around the Kyrion and TITAN product lines.



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *