AV1 en première ligne : comment les choix de codecs d’aujourd’hui façonnent l’écosystème vidéo de demain

À mesure que l’industrie vidéo accélère sa transition vers le tout‑numérique, l’évolution des codecs est devenue une priorité stratégique majeure. Au cours de l’année passée, un codec a basculé du statut « émergent » à celui d’« incontournable » : AV1.

Avec un large soutien de l’écosystème, une licence libre de droits et des économies de débit significatives, AV1 redéfinit les stratégies de compression dans l’OTT, la diffusion et la fabrication d’appareils.

Mais AV1 n’est qu’une pièce d’une transformation plus vaste. De nouvelles normes comme VVC, de nouveaux usages tels que la vidéo 3D et immersive, ainsi que des approches émergentes basées sur l’IA – dont les Next-Generation Video Codecs (NGVC) – influencent la manière dont les distributeurs envisagent la prochaine décennie.

Ce qui suit offre une vue synthétique du paysage des codecs à l’aube de 2026, avec AV1 comme centre de gravité.

AV1 : le codec catalyseur des cinq prochaines années

L’essor d’AV1 repose sur une combinaison d’avantages techniques, économiques et liés à l’écosystème. Le plus déterminant : sa licence libre de droits, gérée par l’Alliance for Open Media. Contrairement à des codecs assortis de structures de royalties plus coûteuses et fragmentées, AV1 réduit considérablement les risques de licence — un facteur critique pour les plateformes OTT opérant à très grande échelle.

Cet avantage économique est amplifié par une efficacité de débit d’environ 15 % supérieure à celle du HEVC, générant des économies substantielles en distribution et en stockage lorsque le codec est appliqué à des bibliothèques VOD mondiales et à des opérations live.

À eux seuls, ces deux éléments font d’AV1 l’un des codecs les plus rentables pour les opérateurs à fort volume.

La maturité de l’écosystème a également franchi un cap. AV1 est désormais pris en charge par :

  • les Smart TV compatibles YouTube,
  • les appareils Android 11+,
  • les iPhone 15 Pro et processeurs Apple M3 et ultérieurs,
  • les principaux fournisseurs de silicium (Qualcomm, MediaTek, Broadcom).

L’adoption par Apple a comblé la dernière grande lacune côté terminaux, assurant une couverture complète du streaming au mobile, jusqu’aux téléviseurs connectés.

Sur le plan technique, AV1 se distingue par son support natif du HDR, qui simplifie l’encodage et assure une lecture homogène quels que soient les contenus. Le codec intègre également la synthèse de grain de film, supprimant le grain lors de l’encodage puis le reconstruisant en lecture : un moyen de préserver l’intention artistique tout en réduisant le débit, jusqu’à deux tiers pour les contenus fortement granuleux.

AV1 présente aussi des limites :

  • l’absence d’outils de résilience avancés,
  • pas de mécanismes intégrés de récupération de paquets,
  • une complexité d’encodage plus élevée, particulièrement en live.

Toutefois, ces contraintes sont souvent compensées par les gains d’efficacité et de TCO. À mesure que le streaming devient la norme dominante, les avantages d’AV1 pèsent de plus en plus lourd face à ses limites.

Au‑delà d’AV1 : le paysage des codecs en 2026

H.264 : toujours là, mais en fin de cycle

Malgré plus de vingt ans d’existence, H.264 reste le codec le plus déployé dans l’OTT, les navigateurs, le câble, l’IPTV, la TNT, le satellite et le broadcast. Sa quasi‑gratuité et son support matériel universel assurent sa longévité.

Mais H.264 peine à répondre aux exigences de la 4K, du HDR et du streaming adaptatif moderne. L’inefficacité du codec le rend de moins en moins adapté aux workflows tournés vers l’avenir.

HEVC : le pilier de l’efficacité

HEVC a marqué la première grande avancée au‑delà d’H.264 grâce à des économies de débit de 30 à 40 %, ouvrant la voie à la 4K. Il reste au cœur des workflows UHD, soutenu par les obligations de la FCC pour la distribution satellite, et largement utilisé pour la production et la diffusion 4K et HD HDR.

HEVC constitue aussi la base de l’ATSC 3.0. L’adoption par Apple en 2017 a renforcé sa présence côté terminaux, tandis que des innovations comme le tiling ont ouvert la porte à des usages avancés du streaming.

Mais son environnement complexe de royalties freine encore son adoption, poussant nombre d’acteurs OTT vers le modèle économique plus simple d’AV1.

MV‑HEVC : l’accélérateur de la 3D grand public

Bien qu’il ait presque dix ans, MV‑HEVC trouve un nouvel élan grâce à des appareils comme l’Apple Vision Pro.

C’est le premier codec capable de diffuser une véritable vidéo stéréoscopique HDR, compatible Dolby Vision, idéal pour les expériences 3D haut de gamme.

Grâce à la prédiction inter‑vue, MV‑HEVC réduit le débit d’environ 30 % pour le second œil et de ~15 % au global.

Les démonstrations récentes — NAB 2024, publications collaborative — confirment son rôle clé dans l’émergence de contenus immersifs de haute qualité.

VVC : le leader de l’efficacité

VVC représente la prochaine étape majeure, avec 30 à 40 % d’économies supplémentaires par rapport au HEVC. Il y parvient grâce à des outils de codage enrichis, une partition plus flexible et de meilleures prédictions intra/inter.

Contrairement à AV1, centré OTT, VVC excelle aussi bien en streaming qu’en broadcast.
Il est déjà déployé dans :

  • TV 3.0 au Brésil,
  • l’adoption massive par TikTok en Chine.

Avec la montée de la 4K, de la 8K et des hauts framerates, VVC s’impose comme un candidat solide pour la prochaine phase de la feuille de route des codecs.

VP9 : l’alternative interne de Google

Développé comme alternative au HEVC, VP9 est devenu central pour YouTube, mais son adoption globale est restée limitée. Le manque de support matériel étendu et d’alignement industriel l’a cantonné à l’écosystème Google.

Aujourd’hui, le marché se stabilise autour de :

  • H.264 pour la compatibilité,
  • HEVC pour l’UHD,
  • AV1 comme codec OTT nouvelle génération.

Et après ? AV2, codecs IA et NGVC

L’industrie avance vers un futur où l’IA jouera un rôle central dans la compression vidéo, et la dynamique s’accélère. Début janvier 2026, la spécification finale d’AV2 approche de son achèvement, avec une publication attendue fin 2025.

Les Next-Generation Video Codecs (NGVC) intègrent déjà :

  • des modèles prédictifs neuronaux,
  • une optimisation IA du taux‑distorsion,
  • des architectures de compression entièrement apprises.

Ces approches dépassent les améliorations incrémentales des codecs hybrides traditionnels, basculant vers un codage perceptuel optimisé par l’IA.

Choisir le bon codec : une question de TCO et de qualité

Les décisions ne se limitent plus aux mesures PSNR, VMAF ou aux évaluations subjectives. Les opérateurs doivent aujourd’hui considérer :

  • le support des appareils,
  • l’exposition aux royalties,
  • les besoins en calcul,
  • les coûts de stockage et de distribution,
  • l’efficacité opérationnelle OTT et broadcast,
  • les nouveaux usages (4K HDR, 8K, 3D, VR/AR, faible latence).

Dans ce cadre,

  • AV1 s’impose pour l’OTT,
  • HEVC et VVC restent incontournables en broadcast ou environnements régulés,
  • MV‑HEVC devient le codec privilégié pour l’immersion.

Conclusion : AV1 a déclenché une nouvelle ère des codecs

Il y a peu, anticiper la domination d’AV1 aurait semblé audacieux. Pourtant, son leadership devient évident avec l’élargissement rapide du support dans l’écosystème.

AV1 est désormais positionné pour mener le streaming OTT dans les années à venir, tandis que HEVC, VVC, MV‑HEVC et les futurs codecs basés sur l’IA façonnent un paysage vidéo toujours plus diversifié.

Le monde des codecs n’est plus une course unique, mais une constellation d’outils spécialisés — avec AV1 au centre.



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