En mars, une importante enquête menée auprès des professionnels du streaming a étudié leurs projets en matière de codecs pour l’année. 40 % ont déclaré prévoir de déployer AV1 en 2026. Dans cette même enquête, le H.264, un standard de codec normalisé en 2003, était encore utilisé par 84 % des répondants. Ces deux chiffres sont parfaitement cohérents et décrivent ensemble la réalité de l’évolution des catalogues vidéo : dans cette industrie, chaque transition de codec a été présentée comme un remplacement, alors qu’aucun codec n’a jamais réellement remplacé les précédents.
Les codecs s’ajoutent. Ils ne remplacent jamais complètement.
La raison pour laquelle le H.264 refuse de disparaître se trouve dans nos salons. Un téléviseur intelligent Tizen ou WebOS acheté en 2016 est souvent encore en service et demande toujours des flux AVC ; les décodeurs sont amortis sur huit à dix ans ; les écrans d’hôtel ou les tablettes Android d’entrée de gamme prolongent encore davantage cette durée de vie. Ainsi, l’AV1 est adopté pour les appareils capables de le décoder, le HEVC couvre la majorité du parc installé, tandis que l’AVC reste indispensable pour tous les autres. Désactiver un codec reviendrait à annoncer à une partie des abonnés que leur téléviseur ne fonctionne plus.
L’attrait pour les nouveaux codecs est bien réel et provient principalement de la distribution. Les économies de débit offertes par AV1 se traduisent directement par une réduction des coûts de sortie CDN et de consommation de données mobiles, là où les services à grande échelle ressentent le plus fortement la pression des coûts. La distribution veut le nouveau codec ; le stockage, lui, doit continuer à supporter tous les anciens.
Aujourd’hui, partir du principe qu’un catalogue sera servi par trois codecs différents est devenu la norme pour tout service ciblant un large éventail d’appareils. Le VVC attend déjà son tour : opérationnel en tête de réseau aujourd’hui, son intégration sur les plateformes d’origine et de packaging est en cours de préparation.
D’où viennent toutes ces copies ?
Un codec n’arrive jamais seul. Il s’accompagne d’une échelle de débits (bitrate ladder), laquelle se multiplie ensuite avec toutes les autres variantes requises par la chaîne de diffusion : TS pour les anciens décodeurs, CMAF pour les équipements modernes, Widevine, PlayReady et FairPlay pour les différents systèmes DRM, sans oublier les variantes audio et les sous-titres. Dans une architecture pré-packagée, chacune de ces combinaisons est stockée avant même qu’un utilisateur n’en fasse la demande.
Prenons un exemple volontairement modeste. Avec cinq profils par codec, deux formats de conteneur et deux systèmes DRM, on obtient 20 variantes stockées par contenu et par codec. Deux codecs représentent déjà 40 variantes. Ajoutez AV1 et vous atteignez 60 variantes, avant même de considérer la 4K, plusieurs langues audio ou des versions régionalisées. Le nombre de codecs détermine le nombre d’échelles à encoder. Les formats de conteneur et les DRM multiplient ensuite ce nombre par quatre. Et c’est justement ce second facteur de multiplication sur lequel une architecture de stockage peut agir.
Pourtant, la majorité de ce contenu multiplié n’est jamais visionnée. Sur certaines plateformes de cloud DVR étudiées, seule une faible part des contenus enregistrés est effectivement consultée. Une plateforme historique analysée dans une étude de cas publiée en mai stockait environ deux unités de données pour chaque unité réellement demandée par les abonnés. Cette dérive passe souvent inaperçue, car elle se manifeste par une hausse progressive des coûts de stockage plutôt que par un événement visible.
Stocker une seule échelle, packager à la demande
La solution consiste à cesser de considérer le packaging comme une opération de stockage. NEA Genesis conserve une seule échelle encodée par codec, dans des formats ouverts et non propriétaires, puis effectue le packaging en mode Just-In-Time (JIT). Lorsqu’un appareil demande la lecture d’un contenu, le packager encapsule alors cette échelle dans le format de conteneur, le DRM et le manifeste demandés, au moment même de la requête. Le codec, lui, est choisi lors de l’encodage et reste inchangé ; aucun transcodage n’est effectué par le packager.
La multiplication des contenus quitte ainsi le stockage pour être transférée vers la couche de calcul. Le CDN met ensuite en cache les segments générés. Les contenus populaires ne paient le coût du packaging qu’une seule fois par segment, tandis qu’une grande partie de la bibliothèque, rarement consultée, ne sera peut-être jamais packagée.
L’arithmétique change alors de nature. Trois codecs signifient toujours trois échelles encodées, et l’adoption d’AV1 augmente toujours le volume à stocker. Mais dans l’exemple précédent, on passe de 60 variantes stockées à seulement 15 rendus encodés. Les téléviseurs de 2016 continuent à recevoir leurs flux AVC, tandis que chaque nouveau codec n’ajoute qu’une échelle supplémentaire, et non vingt nouvelles permutations.
L’exemple publié en mai illustre ce principe à grande échelle : un opérateur Tier-1 a migré son infrastructure cloud DVR vers Genesis et a réduit son stockage de plus de 100 pétaoctets à 55 pétaoctets. L’essentiel du gain provenait de la suppression des nombreuses variantes qui étaient auparavant stockées de manière préventive. Désormais, lorsqu’un nouveau codec est ajouté, il ne nécessite qu’une échelle encodée supplémentaire. Les copies liées aux conteneurs et aux DRM n’augmentent plus la facture de stockage.
Les formats ouverts offrent également une meilleure portabilité du catalogue. En cas de changement de plateforme, les contenus n’ont pas besoin d’être retraités pour être migrés. Dans un marché de plus en plus consolidé, cet avantage pèse également dans les négociations contractuelles.
L’échelle doit se réduire avec l’âge du contenu
Stocker une seule échelle par codec constitue le minimum. Rien n’oblige toutefois à conserver tous les profils de cette échelle pendant toute la durée de vie du contenu.
Les données d’un opérateur IPTV européen montrent que 40 % des sessions de visionnage concernent des contenus de moins d’une heure, 53 % des contenus de moins de deux heures et 78 % des contenus de moins d’une journée. Au-delà de trois semaines, l’ensemble de la longue traîne ne représente plus que 3,6 % des sessions. La chute est particulièrement brutale au début : l’audience diminue d’environ deux tiers entre la première et la deuxième heure, et de près de 96 % au bout de six heures.
Les opérateurs agissent déjà sur la partie la plus chaude de cette courbe grâce aux mécanismes de cache. En revanche, la partie froide continue souvent d’occuper un stockage rapide et coûteux avec des profils devenus largement inutiles.
NEA Genesis agit sur ces deux aspects. À mesure que le contenu vieillit, certains profils peuvent être supprimés de l’échelle, libérant ainsi de l’espace de stockage. L’opérateur décide lui-même des règles : quels profils supprimer après sept jours, après vingt-huit jours, et quels profils conserver définitivement. Les contenus plus anciens peuvent également être déplacés vers des classes de stockage moins coûteuses, dans une architecture hybride combinant infrastructures sur site et cloud. Les contenus récents restent sur des disques rapides, tandis que les archives sont stockées dans des espaces optimisés pour un accès occasionnel. Ces mécanismes n’affectent pas le choix du codec.
Les coûts que le JIT ne supprime pas
Cette approche ne résout cependant pas tout. Chaque codec supplémentaire nécessite toujours un encodage spécifique et une échelle qui devra être conservée pendant toute la durée de vie du contenu. Le dimensionnement des profils et les questions de licences restent des sujets incontournables. La situation des redevances HEVC, par exemple, n’est pas devenue plus simple avec le temps.
Le packaging JIT consomme également des ressources CPU au moment de la demande. La couche de packaging doit donc être dimensionnée pour absorber les pics de trafic, ce qui favorise les architectures capables d’évoluer indépendamment des autres composants.
Enfin, les politiques de vieillissement doivent être définies avec précaution. Supprimer un profil n’est pas réversible sans réencodage. Une bibliothèque dont les contenus peuvent redevenir populaires ponctuellement, comme des archives sportives lors d’un grand événement, doit en tenir compte. Les différentes classes de stockage cloud génèrent également des coûts lors de la récupération des données. À petite échelle, ces problématiques restent limitées : pour un service modeste, avec peu d’appareils à supporter et un catalogue réduit, le pré-packaging demeure une solution simple et économique.
La bonne question à poser pour le prochain codec
Le VVC figure déjà sur de nombreuses feuilles de route, et d’autres codecs suivront inévitablement. Au lieu d’attendre une analyse rétrospective, il vaut donc mieux poser dès aujourd’hui la bonne question dans vos appels d’offres :
Combien de copies supplémentaires de votre catalogue le prochain codec va-t-il créer ? Et combien d’entre elles occuperont encore un stockage rapide quatre semaines plus tard ?
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CDN Product Manager & OTT Streaming Solutions Manager at Ateme
Mark brings 18+ years of experience in OTT streaming & Content Delivery Networks. With a background spanning product management, solution architecture, and business development, he helps content owners, telcos & network operators navigate modern streaming infrastructure, from CDN strategy and live video delivery to cloud-native OTT platform design.
At Ateme, Mark leads product direction for the NEA CDN portfolio and drives OTT & streaming solution strategy for major telcos and network operators worldwide, having previously spent 5 years as a Global Solution Architect. Prior to Ateme, he held solution architecture and business development roles at Velocix, part of Nokia/Alcatel-Lucent’s IP Video division.